Facebook

jeudi 3 septembre 2015

Mediapart - Dans le Morbihan, des paysans produisent autrement... et ça marche!

Des Agriculteurs qui savent travailler, pour notre bien être, pour la planète, et puis à l'occasion aussi un peu pour eux, ça existe ils ont fait le choix d'être libres, ceux-là n'iront pas quémander à paris. Il faut arrêter d'écouter les ministres, les présidents d'associations bidons comme la FNSEA. 
Pierre

«Nous sommes complètement libres»

La méthode de Pierre-Yves Floch repose sur plusieurs piliers de ce que leur syndicat, la « Conf’ », appelle « l’agriculture paysanne ». D’abord, il n’achète aucun aliment pour ses animaux. « Nous cultivons sur nos parcelles du blé, de la féverole, des pois, de l’avoine, du triticale et sept hectares de maïs », détaille l’éleveur-agriculteur.

Ensuite, les deux associés ne souhaitent pas grossir davantage. Avec seulement 28 truies en permanence à la ferme, quand un seul bâtiment conventionnel d'une ferme moyenne peut en compter des centaines, Pierre-Yves Floch ne joue pas dans la même catégorie que la moyenne des éleveurs bretons. Ces derniers préfèrent vendre leur production de céréales à un intégrateur (une grosse coopérative du genre de Cooperl, par exemple) avant de racheter des granulés qui serviront à alimenter les cochons. « Lorsqu’on est intégré, on vous dit quoi donner aux animaux, à quel moment, quand il faut les envoyer au camion, quand il faut investir, emprunter à quelle banque. Et ensuite, on vous dit : ah, il y a un embargo, un incendie en Ukraine, le prix a changé… », théorise l'éleveur bio.
« Nous n’achetons que des minéraux bio, mais pour le reste, nous sommes complètement libres », se félicite l’éleveur de porcs. Libres de fixer leur prix, puisqu’ils vendent en circuit court. « Nos bêtes sont abattues à Vannes et nous faisons transformer la viande par un boucher que nous employons, à quelques kilomètres d’ici. Ensuite, dans des magasins de producteur ou sur des marchés, nous vendons de la saucisse fraîche, des pâtés, des rillettes, etc. » Même s’il est « petit », cet éleveur n’est pas minuscule. Il abat 400 porcs par an et écoule une partie de sa production en filière longue, via la coopérative bio Bretagne Viande Bio (BVB), où les cotations n’ont pas lieu une fois par semaine, mais une fois par an. Surtout, il éprouve une grande fierté à vivre d’un modèle économique viable qu’il a créé.


Une fierté partagée par l’un de ses amis, éleveur de volailles, Jean-Charles Metayer. « Je fais tout, je suis éleveur, agriculteur, abatteur, transformateur, publicitaire, livreur : je travaille 70 heures par semaine », s’enorgueillit-il. Le tout pour un salaire modeste, d'environ un Smic là encore, mais qu’il se verse depuis le début de son installation, en 2007. En bio, dès le début. « Nous avons un bilan excédentaire à la fin de chaque année, avec un salarié. Notre ferme peut faire vivre deux personnes à plein temps. »

En liberté, dans de très vastes enclos, les volailles de Jean-Charles Metayer s’ébattent, malgré un crachin breton froid et persistant. Sa ferme ressemble à celle des livres d’enfants : ici, les poulets (croissance lente, 100 jours à la ferme contre 40 dans l’agriculture conventionnelle), là, les oies, des canards, et un peu plus loin, quelques brebis dans un pré.

Lui aussi transforme une bonne part de ses produits sur sa ferme. Il est très fier de montrer qu’il n’est « pas un hippie » et d’enfiler des mocassins stériles et une blouse pour montrer son « labo » où les 500 volailles mensuelles sont abattues avant d’être préparées pour devenir des « terrines au foie gras » ou « des rillettes de poulet à la sauce forestière ».

Son credo : « La transformation permet de valoriser trois fois le produit, contre une seule fois si on ne vend le poulet qu’en filière longue. »
Ainsi, Jean-Charles Metayer sillonne les marchés de la région et écoule également ses conserves et ses poulets via son site internet. La demande suit. En fin d’année, ses foies gras de canard de Barbarie, une espèce ancienne, différente de l’élevage conventionnel, devraient partir comme des petits pains.


Aucune des volailles de Jean-Charles Metayer ne se retrouvera en supermarché. Mais ce modèle du producteur proche de ses consommateurs est-il généralisable ? « Cela fait vingt ans que j’entends parler de la demande, qu’on pose des questions absurdes du genre : est-ce que le bio va nourrir la planète ? » s’indigne Sébastien Le Bodo. L’éleveur de vaches pense bien que « oui, le modèle est généralisable, il suffirait que les consommateurs changent leur façon d’agir. De toute façon, le modèle de l’agriculture conventionnelle, lui, n’est pas viable, on le voit bien. »

Un avis que partage Véronique Lucas, sociologue, actuellement occupée à rédiger une thèse sur les nouvelles formes de coopération dans le milieu agricole pour l’Institu national de la recherche agronomique (Inra). « Depuis la crise financière de 2008, il y a un mouvement de fond des agriculteurs conventionnels vers des modèles alternatifs. Ils ont vu les limites de leur modèle. Cette vague n’est pas quantifiable parce que les statistiques sont mal faites, mais j’ai constaté au fil de mes recherches qu’un grand nombre d’agriculteurs en France ont développé des stratégies pour ne plus être dépendants des cours des matières premières comme le colza. De là à ce que le modèle alternatif se généralise, il y a un pas. Parce que l’industrie agro-alimentaire a forcé bon nombre d’acteurs de la filière à s’aligner sur des races d’animaux, des normes, des pratiques. L’alignement sur le modèle alternatif – beaucoup moins soutenu par les politiques publiques – sera un mouvement de longue haleine. »

Auprès de ses génisses, entre deux ajouts de ferments dans son lait bio, Sébastien Le Bodo se veut positif.

« De toute façon, cela me surprendrait beaucoup que la totalité des agriculteurs du Morbihan se convertissent au bio et sortent de leur filière intégrée d’un coup. Il y a tellement de freins ! La plupart ont hérité de ce système de leurs parents, de la même façon que j’ai repris la ferme de ma mère. Cela n’a pas été facile de lui dire, avec ma sœur : nous allons faire autrement que ce que tu nous as appris pendant 40 ans. Depuis que nous nous sommes installés, nous ne sommes que quatre dans notre département. »
Quatre qui ont renoncé à « nourrir la planète » pour avoir un projet politique autant qu’économique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire