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jeudi 2 juillet 2015

Mediapart - Petits espionnages entre amis, les marchés de dupes de la NSA

|  Par Jérôme Hourdeaux
Un des documents publiés par WikiLeaks atteste d'une écoute de dirigeants allemands directement opérée par les services britanniques pour le compte de la NSA, fruit d'un savant jeu d'alliances orchestré par le tout-puissant service de renseignement américain.


C’est une mention discrète, une simple indication administrative en bas d’un rapport d’écoutes. Mais les implications diplomatiques sont considérables. En bas à gauche d’un de deux rapports d’interception de communications de dirigeants allemands, fournis à Libération et Mediapart par WikiLeaks, à l’emplacement où est généralement indiquée la méthode de collecte, est indiqué : « 2nd Party British ». En clair : cette opération a été assurée par les services britanniques, et plus précisément par celui chargé des interceptions : le Global Communication Headquarters (GCHQ).
La Grande-Bretagne a toujours été le plus proche allié des États-Unis en matière de renseignement, et les deux services ont, dès la Seconde Guerre mondiale, tissé des liens très étroits en matière de collaboration et d’échange d’informations. Cette alliance était largement connue, et avait été en grande partie documentée notamment par les documents fournis par Edward Snowden. L’exemple concret livré aujourd’hui par WikiLeaks en est la preuve matérielle. Il est également symptomatique du double, voire triple, jeu que jouent les États-Unis avec leurs alliés, n’hésitant pas à utiliser les uns contre les autres, à demander à certains de surveiller leurs voisins, tout en demandant à ces derniers d’en faire de même. Mais au bout du compte, une seule agence centralise les informations et tire les ficelles : la NSA.


Le terme « 2nd Party » fait référence au premier cercle de partenaires de la NSA, signataires du traité secret de 1946, UKUSA. Ils sont au nombre de quatre : la Grande-Bretagne, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. La répartition entre ces cinq pays anglophones assure une couverture quasi totale des zones les plus sensibles du globe. Le nom de cette alliance est connue, et même désignée dans certains documents de la NSA, sous le nom des « Five Eyes », les « cinq yeux ». Ce statut offre bien entendu un certain nombre d’avantages. Les pays membres, certes, doivent assurer un certain nombre d’opérations pour les États-Unis et héberger des bases sur leurs territoires. Mais, en échange, ils sont censés bénéficier d’un échange d’informations tout en étant, théoriquement, protégés de la surveillance de leurs alliés. Ainsi, au mois de juin 2014, le Washington Post avait publié un document de la NSA fourni par Edward Snowden listant les pays « 2nd Party » pour lesquels la surveillance est interdite. Mais, dans la pratique, cette règle ne semble pas toujours respectée. Les espionnages entre les « cinq yeux » sont en effet bel et bien pratiqués. En 2000, la presse britannique avait par exemple révélé que, en 1983, la première ministre britannique Margaret Thatcher avait fait appel aux services secrets canadiens pour surveiller des membres de son propre gouvernement.



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