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vendredi 17 avril 2015

Mediapart - En France, les barbouzes n'ont jamais eu trop de souci à se faire

|  Par Louise Fessard
Malgré des pratiques d'espionnage contestables, les services de renseignement français sont rarement inquiétés par la justice. Le projet de loi discuté à l'Assemblée est censé renforcer la protection juridique des agents. Mais en ont-ils besoin ? Rien n'est moins sûr.

En légalisant certaines méthodes intrusives de surveillance, le gouvernement socialiste vise à mieux protéger les Français mais aussi… ses propres agents. Les fonctionnaires des services de renseignement « demeurent exposés à des risques pénaux injustifiés », déplore l’exposé des motifs du projet de loi, en discussion à l'Assemblée nationale depuis le 12 avril 2015. Cette « insécurité juridique » est l’une des préoccupations de son rapporteur, le député PS Jean-Jacques Urvoas, qui dès 2013 s’alarmait de l’« irrépressible quête des juges » et des révélations des médias « malmenant l’anonymat des agents ».

Le siège de la DGSI à Levallois-Perret. Pourtant, malgré le retentissement de certaines affaires impliquant les services de renseignement, leurs agents sont rarement inquiétés par la justice française. Et quand celle-ci est de bonne volonté, les juges français se heurtent bien souvent au secret défense ou à l'absence de collaboration des services étrangers. Bernard Squarcini, l’ex-patron du contre-espionnage français, condamné le 8 avril 2014 pour avoir requis les fadettes (factures téléphoniques détaillées) d'un journaliste du Monde afin de découvrir ses sources, fait ainsi figure d’exception.

Les autres anciens des services condamnés en France l’ont généralement été non pour des dérapages, mais pour compromission du secret défense à l’occasion de la publication de leurs mémoires. Ou encore pour avoir mis au service du privé leurs techniques, comme Thierry Lorho. Cet ancien de la Direction générale de la sécurité extérieur (DGSE), reconverti dans la veille stratégique, a été condamné en 2011 pour avoir organisé le piratage d'un ordinateur de Greenpeace à la demande d’EDF. Petite revue des affaires impliquant des agents français.

1960 - Durant la guerre d’Algérie, le service action du Sdece (ancêtre du service extérieur, la DGSE) multiplie, sur ordre de l’État, les éliminations de militants pro-FLN même sur le sol français. C'est Constantin Melnik, conseiller de l’ancien premier ministre Michel Debré auprès duquel il était chargé de la coordination des services secrets, qui en parlait le mieux. En 1996, cet homme de l'ombre révèle qu'au « cours de la seule année 1960, 135 personnes ont été envoyées ad patres au cours d'“opérations homo” (pour homicides) du service action du Sdece. Six bateaux ont été coulés et deux avions détruits ». Sans être jamais inquiété par la justice. C'est l'époque des écoutes illégales à tout-va. Créé en mars 1960, le Groupement interministériel de contrôle (GIC) branche systématiquement les militants pro-FLN, l'extrême droite et les journalistes. « Constantin Melnik s’amusait à raconter comment le pouvoir de l’époque écoutait Jean-Jacques Servan-Schreiber de L’Express et le directeur du Monde Hubert Beuve-Méry, écrit Le Monde à sa mort. Les écoutes, triées et analysées par ses soins, atterrissaient sur le bureau de Michel Debré et à l’Élysée sur celui du président de la République. »
1965 - L’un des principaux opposants au roi Hassan II, Mehdi Ben Barka, est enlevé à Paris par deux policiers. Le leader marocain en exil est emmené dans une villa appartenant à un truand lié au Sdece par les deux fonctionnaires parisiens, accompagnés d'un informateur du Sdece. Ben Barka ne sera jamais revu. Le 7 juin 1961, la cour d'assises de la Seine condamne l’informateur du Sdece ainsi qu’un des deux policiers pour arrestation illégale. Le ministre de l’intérieur marocain, le général Oufkir, présent à Paris les 30 et 31 octobre 1965, et les autres fugitifs sont condamnés par contumace. Au Sdece, quelques têtes tombent. Depuis une nouvelle plainte du frère de Ben Barka en 1975, sept juges d’instruction français se sont succédé sur cette affaire, toujours en cours. En 2006, Lucien Aimé-Blanc, un ancien commissaire de la brigade mondaine, révèle que la totalité des agents impliqués dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka étaient écoutés et que les services français n’ignoraient rien de ce qui se tramait contre l’opposant marocain. Et n’ont – a minima – rien fait pour le protéger.
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