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jeudi 4 septembre 2014

Mediapart - Une monarchie néolibérale

En 2017 ca va etre reglement de compte à OK Corral. En fait ca devient l'histoire du petit gros à lunette qui se tape une journaliste sexy et sensuelle, il l'emmene avec lui à la presidence puis la jette comme une merde.

Moralité faut pas emmerdé Valérie !!! ca le fait non comme tittre de bouquin ? "plutôt que Merci pour ce moment." ?



|  Par François Bonnet
Il ne manquait qu'elle!, est-on tenté d'écrire, dans la chronique de cette descente aux enfers que nous inflige François Hollande. Car au-delà du vaudeville bourgeois, l'écho du livre de Valérie Trierweiler avec l'actualité nous conduit à des questions politiques majeures sur la brutalité du virage néolibéral d'un pouvoir plus monarchique que jamais.



François Hollande et Valérie Trierweiler.
François Hollande et Valérie Trierweiler. © Reuters
Et maintenant les secrets d'alcôve ! Rien ne nous sera donc épargné dans cette longue séquence politique aux allures de descente aux enfers, inaugurée par le conseil des ministres de rentrée, le 20 août. Séquence qui redessine de fond en comble la présidence de François Hollande et, avec elle, la troisième expérience de la gauche au pouvoir sous la Ve République. Secrets d'alcôve donc, amours du président, intimité d'un couple, vie privée et vie publique dans un mélange totalement revendiqué. Nicolas Sarkozy avait bruyamment assumé la mise en scène publique de cette équation privée: cela ne fut pas pour rien dans sa défaite de 2012 et le rejet épidermique de sa personne.
Le piège se referme à nouveau sur François Hollande, ayant endossé lui aussi pleinement ces institutions monarchiques où le roi en son palais de l'Élysée règne et vit avec sa cour et ses courtisanes. Il aurait pu d'entrée rompre avec cette détestable pratique (de Gaulle ne s'y était jamais prêté), il a fait le choix de reprendre tout entier l'héritage de son prédécesseur (lire ici un article d'Edwy Plenel)...

Puisque François Hollande voulut que Valérie Trierweiler fût baptisée « Première dame » de France (c'est ainsi que le site officiel de l'Élysée la présentait et narrait ses « activités », la présidence lui ayant attribué bureau et collaborateurs), il s'exposait en conscience à ce que le dévoilement de l'homme privé et de « son misérable petit tas de secrets » envahisse le débat public et devienne un fait politique.



Mesurer les intentions réelles ou supposées de Valérie Trierweiler, sa sincérité ou ses règlements de comptes, la véracité même des faits relatés, ne sont ici d'aucun intérêt sauf à alimenter la médiocrité d'un feuilleton de téléréalité qui nous engloutit dans le ridicule glauque des déballages intimes. Considérons seulement les effets politiques de ce livre (titré Merci pour ce moment, un titre à la Marc Lévy, c'est dire...), ils sont dévastateurs. Pour trois raisons.

D'abord par ce qu'affirme l'ancienne compagne du chef de l'État. Il n'y aurait aucune raison de s'y intéresser ou d'y accorder un quelconque crédit, si ces propos ne venaient compléter et comme confirmer ce qui fut déjà dit par d'autres de François Hollande. L'indifférence de l'homme, l'insincérité voire le mensonge, la distance et les calculs d'opportunité, les double et triple fonds : c'est aussi – et il s'agit là de comportements politiques – ce qu'ont raconté et écrit des responsables politiques, ministres limogés en mars dernier lors de la chute de Jean-Marc Ayrault, collaborateurs élyséens sur le départ, ainsi qu'une autre ministre Cécile Duflot dans son récent livre De l’intérieur (lire ici notre article).
On aimerait donc se moquer et surtout ignorer les comportements privés du chef de l'État s'ils ne faisaient écho à certains de ses comportements publics dans cette autre relation, celle qu'il entretient cette fois avec l'opinion publique et tout particulièrement avec l'électorat de gauche et ses représentants. Du petit adultère bourgeois, figure classique du vaudeville bas de gamme dont on se passera volontiers, l'écho de ce livre – parce que sa parution intervient dans un moment charnière du quinquennat – nous mène bien ailleurs, sur des questions politiques majeures qui entrecroisent pratique du pouvoir, institutions, contrôle démocratique et sincérité de la parole publique.
Le candidat du « Moi président » n'aura donc rien respecté de ses principaux engagements, le premier étant « la présidence normale ». Coutumier des critiques des institutions, fin connaisseur des folies de la Ve République et de sa présidence hors sol et hors contrôle, François Hollande aura choisi de bout en bout d'en utiliser tous les atours et tous les leviers, jusqu'à hypertrophier un peu plus encore cette fonction présidentielle qui est le moteur de la profonde crise de légitimité de la représentation politique. L'« accident Trierweiler » nous rappelle qu'il conserva cette fonction de « Première dame » créée par Nicolas Sarkozy, heureusement inexistante dans toutes les autres démocraties européennes (qui est M. Merkel ?, la chancelière a toujours pris soin de tenir à l'écart de tout regard sa vie privée).

Ce ne pourrait être qu'anecdote, or cette première décision en annonçait bien d'autres qui, toutes, s'inscrivent dans une pratique jusqu'au-boutiste des institutions. Rien n'a ainsi changé en matière de nominations, pouvoir clé du président. François Hollande a flatté les proches (Jack Lang à l'Institut du monde arabe), son seul bon vouloir écrasant à l'occasion l'avis de sa majorité parlementaire (quand Jacques Toubon est nommé Défenseur des droits). Et rien n'a changé dans l'utilisation de toutes les ressources constitutionnelles organisant la concentration des pouvoirs.
François Hollande aura décidé seul, et sans consultation, débat ni vote parlementaire, du déclenchement de deux guerres (Mali et Centrafrique). C'est seul également qu'il voulait en déclencher une troisième (bombardements sur la Syrie). C'est seul encore qu'il choisit de renoncer à renégocier le traité européen, sa majorité parlementaire devant s'incliner quelques semaines plus tard le pistolet sur la tempe. C'est seul enfin – et sans plus de consultations gouvernementale ou parlementaire – qu'il décida d'entamer le grand virage de son quinquennat en annonçant en janvier le lancement du désormais fameux « pacte de responsabilité ».

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