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lundi 25 août 2014

Légaliser le cannabis (6/7). La France s'accroche au tout-répressif

Alors que l’Uruguay, le Colorado et Washington aux États-Unis ont légalisé la production de cannabis, que ses voisins européens en dépénalisent l’usage, la France reste arc-boutée sur sa loi du 31 décembre 1970, l’une des plus répressives en Europe. Avec des effets inefficaces puisque la consommation reste l'une des plus élevées du continent.



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C’était fin octobre 2013. Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale lançait en toute discrétion une mission d’évaluation des politiques publiques de lutte contre les substances illicites. « Il ne s’agit pas de légaliser ou de dépénaliser le cannabis », insistait au téléphone l’une des deux parlementaires PS à l’origine de l’initiative, Catherine Lemorton, qui redoutait que le PS ne soit une fois de plus taxé de « laxisme ». « Face à la réalité, le vrai laxisme c’est le statu quo », sabrait pourtant en 2011 l’ancien ministre de l’intérieur PS Daniel Vaillant dans un rapport sur « la législation contrôlée du cannabis ». L’élu parisien est désormais aux abonnés absents, à en croire Marianne. « Non, il ne communique plus sur le sujet ! » a répondu son équipe à l’hebdomadaire.

Officiellement, le gouvernement socialiste ne craint pas le débat. Le ministre de l’intérieur PS Bernard Cazeneuve nous a ainsi répondu le 12 août 2014 être favorable « au plus large débat »… en refermant aussitôt la porte. « Mais dans ce débat, j’ai ma position : je suis fermement hostile à toute dépénalisation. »
Face aux lecteurs du Parisien en juin 2014, Christiane Taubira restait tout aussi prudente : « À partir du moment où 40 % des adolescents ont touché au cannabis, on ne peut pas se cacher sous le sable. Pourquoi, dans un pays où l'on peut débattre des sujets les plus compliqués, n'est-il pas possible de débattre de celui-ci ? Si l'on légalise, terminé le trafic ! Mais moi, je ne suis pas qualifiée pour dire qu'il faut légaliser.

Faut-il des états généraux ? Je pense que oui. »

Mais quand la sénatrice écologiste Esther Benbassa dépose le 28 janvier 2014 une proposition de loi « visant à autoriser l'usage contrôlé du cannabis », l’ex-ministre de l’intérieur Manuel Valls coupe court. « J’ai demandé un débat sans vote dans l’hémicycle pour sensibiliser les élus, raconte la sénatrice. Manuel Valls a immédiatement refusé. » « Nous considérons qu’il faut des interdits, nous a répondu Manuel Valls le 12 mars 2014. Ça ne veut pas dire que le débat n’aura pas lieu. Qui peut l’empêcher ? Nous avons besoin de normes, de règles, d’interdits. » Voir ci-dessous la vidéo à la 30e minute.

A partir de 30 min
 
 
Votée un soir de Saint-Sylvestre, le 31 décembre 1970, la loi française met dans le même sac héroïne, cocaïne et cannabis, classés comme stupéfiants (lire le décret). Le tabac et l’alcool, qui sont respectivement à l’origine de 73 000 et 49 000 décès par an selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), ne sont pas inclus dans cette liste. « La distinction se fait entre des drogues licites, socialement tolérées, et des drogues illicites, socialement discriminées », explique le rapport Vaillant.
L’usager de cannabis risque une peine de prison allant jusqu’à un an et une amende de 3 750 euros. Et pour verrouiller l’opinion publique, la loi punit de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende le fait de présenter la consommation et le trafic de stupéfiants « sous un jour favorable ».

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