Facebook

lundi 18 août 2014

Le Nouvel Observateur - Rentrée de l'exécutif : "La croissance est nulle, les dirigeants aussi"

Les éditorialistes de la presse quotidienne ne sont pas tendres avec l'exécutif, après les déclarations de Manuel Valls. La rentrée, qui "ressemble à un piège", s'annonce difficile.

François Hollande et Manuel Valls, lors de leur réunion de travail au Fort de Bregancon, le 15 août 2014. (Bertrand Langlois/AP/SIPA)

 

Le couple exécutif Hollande/Valls s'attire lundi 18 août les foudres des éditorialistes pour son obstination à poursuivre dans la même voie alors que la situation économique et la confiance populaire sombrent : si la croissance de la France est "nulle", ses "dirigeants aussi", ironisent-ils.
"Plus cela va mal, moins il faut changer ! C'est l'étrange philosophie du pouvoir exécutif", s'emporte Yves Thréard dans "Le Figaro", fustigeant deux ans et demi de "ratages, hésitations, procrastinations", après les déclarations du Premier ministre assurant qu'il était "hors de question" de changer de politique.
"Une saine colère populaire sanctionnera un jour la politique aberrante imposée depuis bientôt sept ans par la classe dirigeante européenne", prédit Laurent Joffrin dans "Libération".

Sept ans d'austérité, sept ans de malheur. Les derniers chiffres sont accablants. L'économie de la zone euro a cessé de croître depuis six mois et se retrouve confrontée au spectre de la déflation, promesse de souffrances supplémentaires. C'est la seule région du monde qui conjugue des déséquilibres financiers dangereux, une production stagnante et un chômage de masse."

"Nombre d'économistes, dont quelques Prix Nobel Stiglitz, Krugman, qui ne sont pas des populistes échevelés, l'avaient prédit ; le FMI a fini par le reconnaître : il était destructeur d'ajouter au cilice d'une politique monétaire restrictive le carcan de l'austérité budgétaire", poursuit l'éditorialiste. "Par dogmatisme - et par avidité -, l'oligarchie continentale a passé outre, jugeant que les intérêts de la finance - c'est-à-dire les siens- devaient l'emporter sur ceux du peuple. L'erreur de François Hollande? Tomber dans ce piège orthodoxe... Il fallait aussi rompre avec le marasme européen et les dogmes de la finance, cet adversaire désigné pendant la campagne. L'austérité sans résultats anémie le pays et désespère la gauche."

"On ne changera pas François Hollande"

Dans "L'Humanité", Michel Guilloux attaque un Premier ministre venu des rangs socialistes qui reprendrait "les mots mêmes de Margaret Thatcher " : "Il n'y a pas d'alternative". Ce "cri de guerre des ultralibéraux".
"Ainsi la France vivrait-elle aussi 'au-dessus de ses moyens'. On entend là mot pour mot le vocabulaire des nantis qui vampirisent les richesses du pays et dont l'idéologie de rentiers nourrit les sacrifices des autres", accuse l'éditorialiste du quotidien communiste. "L'ennemi n'est donc plus la finance depuis longtemps et si guerre (économique) il y a, le pouvoir actuel a choisi son camp."
"On ne changera pas de politique, a répété Manuel Valls. Il aurait pu ajouter qu'on ne changera pas François Hollande non plus", lance Pierre Fréhel ("Le Républicain lorrain") au lendemain d'un sondage dévastateur montrant que huit Français sur 10 ne font pas confiance au pouvoir pour améliorer la situation économique.
"Une défiance désastreuse pour le pouvoir socialiste, alors que c'est précisément la confiance des acteurs économiques et des citoyens en général qui pourrait sortir le pays de l'enlisement."
"La France est en panne. Le moteur de la croissance est bloqué et le chômage poursuit son irrésistible ascension. Les crises n'ont rien d'exceptionnel. Elles jalonnent l'histoire économique. François Hollande a brisé un ressort essentiel, celui de la confiance", analyse également Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne". "Ses promesses récurrentes de retournement de la courbe du chômage lui reviennent à la figure comme autant de boomerangs". Si bien que "tout ce que l'exécutif tente de proposer au pays paraît désormais au mieux suspect, au pire inefficace".

"Il ne faut pas rêver"

"Voici le président du changement 'maintenant, tout de suite' et son fringant chef du gouvernement, rattrapés, non plus par l'impatience des Français mais par leur désenchantement. Ce sentiment, cyclique et presque habituel sous nos latitudes démocratiques, semble cette fois plus profond, plus durable et davantage installé. Il s'exerce contre l'exécutif dans des proportions inégalées. Les promesses déçues, les incantations creuses et réitérées de l'Élysée y ont beaucoup contribué, mais ce n'est pas le plus important. Le pays doute de lui aujourd'hui, c'est plus grave. La croissance est nulle, les dirigeants aussi et le moral campe à zéro", assène Denis Daumin dans "La Nouvelle République".
Malgré "l'avalanche des mauvaises nouvelles économiques" et "l'absence d'alternative crédible à droite", "les Français ne sont pas dans le dénigrement du pays", assure Jacques Camus (Groupe Centre France). "Ils sont dans le désaveu de leurs dirigeants et des pratiques politiciennes ouvrant la voie au FN. La véritable crise est celle de l'offre politique. La situation justifierait pleinement un gouvernement d'union nationale, privilégiant le courage de l'action sur les ambitions personnelles." Mais, conclut-il, "il ne faut pas rêver, la mobilisation générale n'est pas pour demain".
"Tout, dans cette rentrée, ressemble à un piège", juge quant à lui Raymond Couraud, dans "L'Alsace". "La majorité a des états d'âme, l'opposition en charpie va tenter de se refaire une santé en tirant sur le sommet de l'État. Les Français, eux, vont compter factures et impôts qui se ramassent à la pelle. Manuel Valls va devoir déminer, sous peine de voir chauffer un automne pourri."

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire