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vendredi 14 mars 2014

Mediapart - Nantes: un deuxième manifestant grièvement blessé à l'œil témoigne

 13 mars 2014 |  Par Louise Fessard

La liste des manifestants blessés le 22 février lors de la manifestation contre Notre-Dame-des-Landes s’allonge. Après Quentin Torselli éborgné par des tirs policiers, un autre jeune homme, Damien, a également été grièvement blessé à l’œil. Il a déposé plainte.

Damien, 29 ans, est coffreur maçon à Rezé, au sud de Nantes (Loire-Atlantique). Il travaille pour des agences d’intérim. Mais depuis le samedi 22 février 2014, le jeune homme, originaire de Normandie et qui ne souhaite pas voir son nom de famille apparaître, ne sait pas s’il pourra reprendre son métier. Ce soir-là, alors qu’il participait avec sa sœur et son colocataire à la manifestation contre le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes à Nantes, Damien a reçu un projectile dans l’œil qui a provoqué une « contusion sévère du globe oculaire ». « C’était la première fois que j’allais à une manif, je ne suis pas activiste ou quoi, mais je trouve ça un peu bête de détruire autant de nature alors que l’aéroport de Nantes n’est pas utilisé à 100 % », dit-il.




Damien poursuit : « J’ai écouté tous les débats, ce qui m’intéressait, c’était les pour et les contre. Puis, vers 18 heures, je me suis déplacé là où il y avait de l’ambiance, par curiosité. Au niveau du bar "Le Chat noir", rue du Guesclin (près de la place de la Petite Hollande), ça a commencé à péter. J’étais entouré de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes, face aux policiers. C’est là que je me suis pris un truc dans l’œil, je ne sais pas si c’était un tir de Flashball ou une grenade. Mon œil était en sang, deux personnes m’ont emmené pour me faire traverser le barrage de CRS. » Conduit en ambulance aux urgences du CHU de Nantes, ses paupières ont été recousues le soir même (quatre points de suture en haut, deux en bas), avant une exploration de l’œil le lendemain matin au bloc opératoire. « Je n’ai même pas un dixième de vision à l’œil gauche, explique Damien. Quand je me concentre, je vois juste des ombres. » Il a le moral à zéro depuis que les médecins lui ont dit lundi 10 mars « que ce n’était pas opérable et que (s)on état ne pourrait pas s’améliorer ».
« Au début, les CRS tiraient en l'air, puis ils ont commencé à tirer à hauteur d'homme, Flashball et même lacrymos, décrit Alexandre son colocataire de 27 ans, qui était à quelques mètres. Les policiers rejetaient même les pierres que les gens leur jetaient. Dix minutes avant que Damien soit blessé, il y a un mec à côté de moi qui a reçu une balle en pleine face sur le nez. Ça a fait un bruit d'impact bizarre, le mec est tombé direct, avec le nez qui pissait le sang. » Quelques instants plus tard, il raconte s'être retourné et avoir vu son ami Damien au sol avec l'œil en sang.
Marine, sa sœur de 25 ans, qui avait récemment rejoint son frère à Nantes pour chercher du travail, n'a, elle, rien vu : « Avec le mouvement de foule, j’étais à quelques mètres. C’est un ami qui m’a prévenu que mon frère était aux urgences. » De son côté, elle affirme avoir reçu un tir de Flashball dans le ventre et un autre sur la jambe. « Sur le coup, je n’ai pas compris, ça m’a coupé le souffle, raconte la jeune fille. Et c’est en soulevant mon tee-shirt aux urgences, que j’ai vu que ça m’avait carrément brûlé au thorax. Comme j’étais surtout affolée pour mon frère, je ne me suis pas fait examiner. »
Elle estime qu’il y a eu un « gros dysfonctionnement » au CHU de Nantes : « Mon frère est ressorti le soir même avec son dossier médical sous le bras ! Le dimanche matin, les infirmières ne comprenaient pas comment c’était possible qu’on lui ait dit de ressortir. Il a été hospitalisé jusqu’au mardi. » Le jeune homme raconte être rentré chez lui à pied le samedi soir « avec une ordonnance pour des antidouleurs » : « J'ai eu des vertiges, j'ai vomi deux fois sur le trajet et on n'a pas croisé de pharmacie de garde. » Le CHU a-t-il été débordé ? Environ une quarantaine de manifestants blessés auraient été admis dans la soirée, selon la préfecture de Loire-Atlantique.

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