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mardi 25 février 2014

Mediapart - Pourquoi les enfants d’immigrés peinent davantage à l’école

|  Par Michaël Hajdenberg
Selon l'enquête Pisa, les enfants d'immigrés réussissent moins bien à l'école. Manque d’ambition des familles, poids des traditions, assignations dans l'orientation, impact de la crise, ghettoïsation croissante : les professeurs, proviseurs, assistantes sociales livrent leurs explications. 

Pour beaucoup, ce résultat constitue une surprise. Non, ils n’avaient pas remarqué qu’à niveau social égal, les enfants d’immigrés réussissaient moins bien à l’école. Oui, le résultat de l’étude Pisa (voir nos précédents articles) les interroge, les bouscule ; parfois les révolte, plus rarement les désespère.
Selon Pisa, « les élèves issus de l’immigration (1re et 2e génération) accusent des scores inférieurs de 37 points à ceux des élèves autochtones, soit presque l'équivalent d'une année d’études » (contre 21 points, en moyenne, dans les pays de l’OCDE).

Nous avons donc interrogé des professeurs, proviseurs, conseillers principaux d’éducation ou encore une assistante sociale pour qu’ils nous disent comment ils expliquent une telle différence. Parfois sous couvert d’anonymat, ils évoquent sans tabou le manque d’ambition de certaines familles immigrées, la ghettoïsation grandissante, l’impact de la crise, les assignations dans l’orientation, le poids des traditions, les zones de relégation. Plus rarement, d’éventuelles discriminations de l’institution.

Problèmes d’orientation, manque d’ambition
Le manque d’ambition pèse sur les résultats scolaires. Quand un élève sait qu’il ne postulera pas aux filières les plus élitistes, sa scolarité s’en ressent. Pisa teste le niveau des élèves de 15 ans. « Mais dès le début de la classe de 4e, il faut être honnête, tu sais qui ira en bac pro et qui ira vers une voie générale », témoigne Vincent, professeur d’anglais à Ivry, dans « un bahut qui compte environ 20 % d’élèves blancs ». Pour lui, la problématique ne concerne pas que les immigrés. « Plus personne ne croit en la progression sociale, la reproduction est entérinée. Mais c’est vrai que certaines familles immigrées trouvent fabuleux que leur enfant fasse un BTS alors que les parents français ne voudront pas que leurs enfants s’arrêtent avant le master. »

Pour Isabelle, assistante sociale depuis vingt-trois ans dans un établissement qui accueille à la fois des enfants de cités dures et des zones pavillonnaires de Seine-Saint-Denis, « les enfants d’immigrés vont plus qu’avant vers les filières professionnelles. Il y a dix ou quinze ans, je me souviens de parents qui poussaient vers le général. À présent, je dois convaincre des familles que leur enfant est capable d’y rester. Il y a une frilosité, une crainte de s’écrouler. Le bac pro paraît plus concret. Ils ne veulent plus d’études longues, aux débouchés lointains et incertains ».

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