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vendredi 11 octobre 2013

Incroyable : Les 2 arnaqueurs Patrice de Maistre et Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt - Mediapart

Maistre a soutiré plus de 12 millions d'euros

Des dizaines de témoignages, des rapports médicaux et plusieurs expertises collégiales qui figurent au dossier indiquent l’exact contraire de cette légende d’une Liliane Bettencourt ayant toute sa tête. En dépit des éléments de langage répétés par des amis de Sarkozy (ainsi que quelques éditocrates complaisants) pour dénigrer l’un des collèges d’experts, l’état de faiblesse et l’isolement progressif de Liliane Bettencourt sont anciens et largement documentés.
« Liliane Bettencourt doit être considérée comme une personne particulièrement vulnérable : en raison de son âge et des troubles graves qui l’accompagnent, en raison de son infirmité de surdité, en raison d’une maladie ou déficience physique ou psychique, au moins depuis le 1er septembre 2006 », résument les juges.
Patrice de MaistrePatrice de Maistre
À cette époque-là, le pauvre Patrice de Maistre se dit écrasé de travail. Il faut dire qu’il gère des fonds vertigineux, 200 millions d’euros d’abord, puis 542 millions. Du coup, il obtient des Bettencourt que ses honoraires, déjà copieux, soient revus à la hausse : de 800 000 euros annuels fin 2006, ils passent à 1,2 million d’euros annuels en 2009. Mais cela ne suffit pas.


En septembre 2008, Maistre se fait offrir une donation de 5 millions d’euros par Liliane Bettencourt, déjà diminuée. La milliardaire règle aussi les « droits et frais afférents », le coût total de la donation se montant pour elle à 8 millions d’euros. Le gestionnaire de fortune assure aux juges que Liliane Bettencourt voulait absolument « faire quelque chose » pour lui, une sorte de « retraite complémentaire », qu’il avait fini par accepter.
Ce n’est pas tout. L’enquête a révélé que Maistre a encore perçu, en décembre 2010, une somme de 2,656 millions d’euros « en raison de la rupture des relations entre la SARL Eugenia et associés, dont il était le seul actionnaire », la SA Clymène d’une part, et Liliane Bettencourt d’autre part, cela en raison d’une convention opportunément signée en mars 2010, alors que le scandale avait déjà éclaté.
Les juges notent aussi que le gestionnaire de fortune a perçu des « frais de justice » pour un montant de 86 000 euros. Le total des « libéralités » qu’il a obtenues de façon illicite se monte à plus de 12 millions d’euros.
Patrice de Maistre se voit également attribuer par les juges un rôle assez trouble, dans le conflit entre Françoise Meyers-Bettencourt et François-Marie Banier. À la lecture du dossier, il contribue à éloigner Liliane Bettencourt de sa fille, laissant les profiteurs et les aigrefins profiter des largesses de l’octogénaire. Il supervise notamment le curieux legs de l’île d’Arros à une fondation dont Banier tire en fait les ficelles.
C’est aussi lui, qui s’occupe personnellement de rapatrier des espèces depuis la Suisse, à hauteur de 4 millions d’euros, entre février 2007 et décembre 2009, sans que l’on soit certain que Liliane Bettencourt saisisse bien tout ce qui se passe. Les juges notent que Maistre ne peut justifier l’utilisation de 800 000 euros livrés par coursier en février et avril 2007, puis d’une somme de 2 millions d’euros remise en décembre 2008 « dont les investigations n’ont pas permis d’identifier un autre bénéficiaire que lui-même à titre personnel ».
Autre épisode fameux que rappellent les magistrats : « Patrice de Maistre a proposé à Liliane Bettencourt, à la fin de l’année 2009, de se faire offrir le bateau de 1,2 million d’euros dont il rêvait et de recevoir, en personne et en espèces, au siège de la société S.A. Clymène, la somme correspondante, dont il ne peut justifier non plus l’utilisation par un autre que lui-même. »
Enfin, il fait signer à la vieille dame, le 4 mars 2010, une convention d’honoraires assurant 800 000 euros par an à sa société Eugenia pour une mission de conseil relative à la fondation Bettencourt.
Les juges d’instruction reproduisent, dans l’ordonnance de renvoi, plusieurs conversations enregistrées clandestinement par le majordome Pascal Bonnefoy – celles-là même que Maistre ne veut plus voir sur Mediapart. Ainsi, à propos d’un dialogue surréaliste, sur la signature de cette convention du 4 mars 2010, les juges écrivent : « Liliane Bettencourt ne comprend absolument pas de quoi il s’agit. » Les magistrats ajoutent ceci : « Cette scène est particulièrement révélatrice du comportement abusif de Patrice de Maistre à l’égard de Liliane Bettencourt lorsqu’il veut arriver à ses fins. »
Au final, « il résulte de l’information que la situation de faiblesse de Liliane Bettencourt était parfaitement connue de Patrice de Maistre », résument les juges d’instruction. « Le comportement général de Patrice de Maistre à l’égard de Liliane Bettencourt, et notamment son emprise croissante dans sa sphère personnelle, doit être considéré comme abusif, et c’est ce comportement qui a incontestablement conduit Liliane Bettencourt à des actes gravement préjudiciables. »
Le gestionnaire de fortune indélicat est renvoyé en correctionnelle pour « abus de faiblesse », « blanchiment d’abus de faiblesse », « complicité d’abus de faiblesse » et « complicité de fraude fiscale ». Certaines charges pour lesquelles il avait été mis en examen ont été abandonnées par les juges, notamment « l’abus de confiance aggravée » et « l’escroquerie aggravée » au sujet de l’île d’Arros. Cette île paradisiaque est finalement revenue dans le giron de Liliane Bettencourt et a été revendue pour 49 millions d’euros en 2012.
Eric et Florence WoerthEric et Florence Woerth
Eric Woerth et Patrice de Maistre ont par ailleurs été renvoyés en correctionnelle le 4 juillet pour « trafic d’influence » dans l’affaire de la Légion d’honneur. Maistre avait reçu sa médaille des mains d'Eric Woerth en personne au mois de janvier 2008, soit deux mois après avoir embauché son épouse, Florence Woerth, au service de l’héritière de l'empire L'Oréal.

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