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vendredi 9 août 2013

Les moches, ces discriminés oubliés

 |  PAR MICHAËL HAJDENBERG (Médiapart dont je conseille à tous de s'abonner)


Le Défenseur des droits vient d’ouvrir une enquête sur la marque de vêtements Abercrombie, qu’il soupçonne d’embaucher sur des critères de beauté. En réalité, si les procès sont exceptionnels, le phénomène est ultra-répandu : toutes les études montrent que les laids sont moins recrutés, les petits moins bien rémunérés, les gros discriminés. Dans l'indifférence générale.

Ils sont trop gros, trop petits. Ou juste trop laids. Ce sont des discriminés dont on ne parle jamais. Peut-être des discriminés qui s’ignorent. Mais qui sont pourtant victimes, dans le monde du travail, de critères de sélection, parfois inconscients, liés à l’apparence physique. L’affaire Abercrombie and Fitch, dont le Défenseur des droits Dominique Baudis s’est saisi en juillet, a fait émerger une réalité très répandue mais tue dans le monde du travail, alors que les études des statisticiens et sociologues démontrent son existence.
La discrimination liée à l’apparence physique figure pourtant dans la loi française depuis 2001. Mais les contentieux liés à ce motif dans le monde du travail se comptent sur les doigts d’une main. Quelques procès ont bien eu lieu, liés au port d’uneboucle d’oreilles, d’une queue de cheval ou de vêtements inappropriés. Mais quasiment jamais sur le physique lui-même.
Selon Sandra Bouchon, juriste auprès du Défenseur des droits, l’affaire Abercrombie est une première en France. Déjà condamnée il y a quelques années aux États-Unis pour discrimination à l'embauche, la société ne semble pas avoir changé ses méthodes de recrutement malgré de lourdes sanctions. Le PDG Michael Jeffries a toujours assumé cette politique, comme dans cette interview à Salon.com en 2006 : « Nous embauchons des gens beaux dans nos magasins. Parce que les gens beaux attirent d'autres gens beaux, et nous voulons nous adresser à des gens cool et beaux. » En mai 2013, la marque, qui possède deux magasins en France dont un sur les Champs-Élysées, a décidé de retirer les tailles XL et XXL des rayons féminins.

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