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jeudi 14 juillet 2011

Le « plafond de la dette américaine », c'est quoi en fait ?

Barack Obama affronte les républicains sur le plafond de la dette américaine (Reuteurs/Jason Reed).
Pendant que l'Europe s'efforce dans une ambiance de panique de résoudre le problème de la dette de la Grèce, un autre pays, les Etats-Unis, peine à trouver un accord politique permettant d'éviter l'accident financier. A regarder le montant des dettes en jeu, il y aurait de quoi s'affoler 42 fois plus :
  • Etats-Unis : 14 000 milliards de dollars de dette (100% du PIB),
  • Grèce : 330 milliards de dette (120% du PIB)
Mais personne, sur la planète finance, ne considère encore les Etats-Unis comme étant dans une situation critique. Si les Etats-Unis connaissent une difficulté, ce n'est pas parce que les créanciers refusent de lui prêter de l'argent. C'est parce que le Congrès et la Maison-Blanche se chamaillent. L'affaire du « plafond de la dette » est avant tout politique (et un peu théâtrale).

1Qu'appelle-t-on le plafond de la dette ?

Pour financer la différence entre ses recettes et ses dépenses, les Etats émettent des titres de dettes (des obligations, ou Bons du Trésor). C'est le cas de l'administration fédérale américaine, dont l'endettement continue de croitre sans arrêt depuis des années. Les Américains adorent fabriquer des petits compteurs vertigineux pour le figurer :
National Debt Clock
Si aucune décision n'est prise, cet endettement atteindra le 2 août la limite autorisée par les parlementaires américains, ce fameux « plafond de la dette », au-delà duquel l'Etat fédéral n'a plus le droit d'émettre des obligations. Pour relever ce plafond, un accord est nécessaire entre le président (démocrate) Barack Obama et la majorité (républicaine) du Congrès. Mais ceux-ci s'étripent jusque-là sans résultat, entre éclats de voix et claquements de porte. Histoire d'agrémenter un peu l'ambiance, l'agence de notation Moody's vient de menacer de dégrader la note des titres d'endettement des Etats-Unis, comme s'il s'agissait d'un vulgaire pays latino-américain (ou européen).
Ce plafond global est fixé, depuis 1917, par le Congrès (auparavant, ce dernier donnait des autorisations au coup par coup).
Il est fixé depuis février 2010 à 14 294 000 milliards de dollars. Il a en réalité déjà été atteint le 16 mai, mais le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, a gagné du temps en cessant provisoirement d'alimenter certaines réserves prévues pour les retraites de fonctionnaires fédéraux.
Ces mesures ont permis de reporter au 2 août le moment fatidique. Geithner a promis que ces réserves recommenceraient à être abondées normalement une fois qu'un accord sur le relèvement du plafond serait trouvé.

2Que se passe-t-il le 2 août, faute d'accord ?

On n'en est pas encore là : les Etats-Unis jouent surtout à se faire peur. Jouons donc nous aussi.
Si cela devait arriver, le gouvernement fédéral perdrait alors le droit d'emprunter. Et s'il ne veut pas être en situation de défaut de paiement vis-à-vis de ses créanciers, il devra réagir :
  • Soit en levant en urgence un impôt ou en réduisant certaines dépenses publiques ;
  • Soit en reportant le paiement de factures, voire de salaires.
Dans l'un ou l'autre cas, l'économie plongerait : l'austérité brutale n'a jamais été l'amie de la croissance. La crédibilité des Etats-Unis souffrirait également sur les marchés financiers, rendant le financement de l'économie plus difficile. Même s'il cessait de payer les intérêts de sa dette, le gouvernement devrait encore trouver 120 milliards par mois pour que les recettes fiscales couvre les dépenses fédérales.
En résumé : ce serait une cata.
Bref, personne n'envisage encore vraiment sérieusement un tel scénario noir. Et encore moins un défaut de paiement vis à vis des créanciers du gouvernement américain – les détenteurs de bons du Trésor. La note accordée par Moody's à la dette américaine est encore la meilleure du marché : AAA. Autrement dit : le risque d'un défaut de paiement est considéré comme quasi-nul. Le communiqué de Moody's n'est qu'un petit coup de semonce, pour presser le Congrès de trouver un accord avec la Maison-Blanche.

3Que négocient le Congrès et la Maison-Blanche ?

La Chambre des représentants refuse de modifier le niveau du plafond de la dette tant que l'administration Obama ne se sera pas engagé sur des réductions de dépenses publiques.
Le débat est avant tout un show politique. En réalité, les augmentations de dépenses ou baisses d'impôts qui expliquent que les Etats-Unis atteignent aujourd'hui leur plafond de la dette ont toutes été autorisées par le même Congrès qui aujourd'hui s'indigne des dérapages de la dette.
L'ampleur du relèvement est également enjeu d'une négociation. Ceux qui profitent politiquement d'un tel débat sur les dépenses publiques (la plupart du temps : les républicains, qui rêvent de faire maigrir l'Etat fédéral) ont intérêt à ne pas accepter un relèvement du plafond trop important. Ainsi pourront-ils dans quelques années retrouver leur toge de vertu budgétaire, s'y draper, et dénoncer de nouveau l'impéritie fédérale.
Tout cela relève donc d'un petit théâtre assez rodé. Depuis 1962, le plafond a été relevé 74 fois. Depuis 2001, dix fois ! Lorsque la majorité à la Chambre des représentants est du même bord que le président, cela se passe évidemment bien mieux. Cette fois ci, à un an et demi de l'élection présidentielle, le relèvement du plafond a lieu dans une ambiance plus hystérique. Mais, à moins que les élus américains ne soient devenus complètement fous, il aura bien lieu.
Photo : Barack Obama affronte les républicains sur le plafond de la dette américaine (Reuteurs/Jason Reed).

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