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jeudi 17 février 2011

Michele Alliot Marie, comment elle a menti

privilegesSa rencontre à l'aéroport avec l'homme d'affaires tunisien ne devait rien au hasard, contrairement à ce qu'affirmait la ministre.

Michèle Alliot-Marie quitte le palais de l'Elysée, le 9 février 2011 (Philippe Wojazer/Reuters).

La dernière information du Canard enchaîné, sur le voyage en jet privé de Michèle Alliot-Marie en Tunisie, finit d'entacher la crédibilité de la ministre des Affaires étrangères. En révélant que ses parents étaient en affaires avec le propriétaire de l'avion Aziz Miled, l'hebdomadaire fait tomber au passage un pan entier de la défense martelée par MAM depuis deux semaines.

Il n'y a pas que des liens d'« amitié » qui unissent les familles Marie et Miled. Bernard Marie et son épouse Renée, parents de la ministre, possédaient 13% du capital d'une SCI (Société civile immobilière) dénommée Ikram et détenue par Aziz Miled et son fils Karim. 13% seulement, jusqu'à cet épisode du séjour tunisien dévoilé ce mercredi par Le Canard enchaîné :

« Depuis des années, les époux Marie sont en affaires avec Miled, proche de Ben Ali et soutien du régime. Et il n'est pas vraiment question de rupture : les Miled vendent, ce 30 décembre, toutes leurs parts de cette SCI à Bernard et Renée Marie, respectivement 94 et 92 ans. »

Or une affaire de la sorte se prépare bien en amont. « En Tunisie, la cession d'un bien immobilier n'est pas une simple formalité, surtout quand l'acquéreur est étranger », renchérit l'hebdomadaire. Et de préciser :

« Il faut impérativement l'accord du gouverneur du secteur, lui-même sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Une procédure qui prend beaucoup de temps. »

La présence de l'homme d'affaires tunisien à l'aéroport de Tunis, lors de l'arrivée de la ministre et de sa famille, ne devait donc rien au hasard. Contrairement à ce que n'a eu de cesse de répéter Michèle Alliot-Marie depuis quinze jours, à l'occasion de chacune de ses apparitions médiatiques.

« Je l'ai accompagné pendant 20 minutes en avion »

Dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale d'abord, le 2 février, durant la séance télévisée des questions au gouvernement :

« [Aziz Miled] ne m'a, à aucun moment, mis son avion à ma disposition. Je l'ai accompagné pendant 20 minutes de trajet en avion. » (Voir la vidéo)


Rebelote sur France 2 le soir-même. Interrogée par David Pujadas, elle détaille la scène de son arrivée à l'aéroport de Tunis :

« Très honnêtement, [Aziz Miled] m'a dit tout simplement : “Je vais dans la même ville que vous, j'ai de la place dans mon avion, est-ce que, plutôt que de faire deux heures de voiture dans des routes assez difficiles, vous venez avec moi ? ” […] Comme il m'aurait dit : “Montez dans ma voiture.” » (Voir la vidéo)

Cliquer pour voir la vidéo

« J'avais prévu de faire le trajet en voiture »

Le 7 février, c'est dans les colonnes du Parisien que la ministre des Affaires étrangères s'explique. A la question de savoir si elle a rencontré l'homme d'affaires tunisien par hasard ou s'il l'attendait, elle répond :

« Il savait bien entendu que j'allais à Tabarka ! Mais j'avais prévu de faire le trajet Tunis-Tabarka en voiture. »

Le même matin, on pouvait entendre également Michèle Alliot-Marie au micro d'Europe 1. Sa défense est identique : « Non, on n'a pas mis à ma disposition un avion, mais c'est quelqu'un – un ami effectivement – qui avait un avion qui allait dans la même direction que moi qui m'a emmenée. » Marc-Olivier Fogiel complète : « Presque de façon fortuite. » (Voir la vidéo)


Parler à la France ne suffit pas. Toujours le 7 février, elle intervient sur France 24. Encore une fois, les mots ne varient pas :

« J'avais prévu d'aller en voiture sur le lieu de résidence. Un ami qui se trouvait là et qui devait aller dans la même ville, avec son propre avion, avait proposé, puisqu'il n'y avait que deux personnes dans son avion, que nous l'accompagnions. Sur le moment, je l'ai vu comme un geste amical. » (Voir la vidéo)


« La rencontre n'avait rien de fortuit »

« Quelle chance ! », raille Le Canard enchaîné, à propos de ce « sketch dit du “jet-stop” » :

« La rencontre entre le puissant homme d'affaires de la galaxie Ben Ali et la ministre des Affaires étrangères n'avait rien de fortuit. »

Dans la famille Marie, on est cependant solidaire, même dans les explications « abracadabrantesques », comme aurait dit l'ancien Président dont elle est proche. Ce mercredi matin, sur Europe 1, le père a tenté de voler au secours de sa fille :

« Je ne vois pas très bien pourquoi ma fille et mon gendre auraient pris la route alors que Miled mettait son avion à notre disposition pour nous amener là-bas. » (Voir la vidéo)


Ou comment, en essayant de prendre la défense de sa fille, le père démontre que la présence d'Aziz Miled à l'aéroport de Tunis ne devait vraiment rien au hasard.

Pour la route, si on peut dire, un dernier mensonge de Michèle Alliot-Marie, au cours de son interview sur France 24 :

« Je n'ai jamais menti ! »

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